Top
Illustration article Voyage intérieur et spirituel

Aujourd’hui, 19 février 2022, j’ai fait ma première Omra, mon premier petit pèlerinage à la Mecque. Je sais que cela va en surprendre plus d’un, ou pas d’ailleurs… Mais avant de vous parler de cette expérience incroyable que j’ai vécue, avant d’exprimer toutes ces sensations, je ressens le besoin de vous conter mon histoire, d’enfin poser des mots sur ce cheminement spirituel qui est le mien depuis plusieurs années, et que j’ai gardé pour moi. La Mecque a changé beaucoup de choses, je le sens, même si je ne peux pas encore tout identifier. Mais je sens déjà qu’elle m’a rendu ma légitimité en tant qu’être spirituel, et qu’en ce sens elle a libéré ma parole sur ce sujet.

 

Je suis née dans une famille française athée, voire anti-religions. Mes parents sont baptisés, sont allés au catéchisme, comme beaucoup de Français de cette génération, mais ils ne sont pas croyants. Ils ne se sont pas mariés à l’église, au grand dam de mes grands-parents, et ne nous ont pas baptisées, mes sœurs et moi. Je me rappelle, étant petite, d’un livre que mes parents m’avaient offert, qui présentait toutes les religions du monde. N’étant pas croyants, ils ne nous ont pas imposé une religion, mais nous ont toujours dit que nous serions libres, une fois adultes et en mesure de prendre nos propres décisions, de choisir une religion si nous le souhaitions.

Mon premier livre sur les religions enfant

Je me rappelle avoir eu une phase, autour de 6-7 ans peut-être, au cours de laquelle je croyais en Dieu. J’avais vu dans les films les enfants prier au pied de leur lit avant d’aller se coucher, et je faisais pareil, je m’adressais à Dieu le soir et lui demandais toutes sortes de choses, en commençant toujours par « Dieu, si tu existes, prouve-le moi en faisant ci ou ça » ! Quand on naît dans une famille athée, la spiritualité (le cœur) a du mal à s’exprimer, à trouver sa place, au profit de la rationalité (du mental). En tout cas, c’est vraiment comme cela que je l’ai vécu. Et ce n’est en rien un reproche, car mes parents ont toujours été très ouverts d’esprit et je leur suis reconnaissante de nous avoir laissé cette liberté de choix.

 

Ma spiritualité a toujours été présente en moi, elle fait partie de qui je suis, je le sais maintenant, mais elle a complètement été étouffée, elle s’est faite toute petite pour rentrer dans le moule familial et social auquel j’appartenais. A tel point que pendant longtemps, ma devise quand on parlait de religion et de spiritualité était : « je ne crois que ce que je vois ». Autant vous dire que la reconquête de cette partie de moi est un long processus, entamé il y a plusieurs années, et qu’il reste encore un long chemin à parcourir ! Il faut déconstruire certaines croyances limitantes, désapprendre, se libérer des attentes et opinions familiales pour se créer les siennes…

 

Il y a un peu plus d’un an maintenant, je me suis convertie à l’islam. C’est la première fois que j’en parle publiquement, et presque la première fois que j’en parle tout court, et ça me fait tout bizarre. Ce fut un moment lumineux, instinctif, beau. Avec mon amie Leila, nous avions entrepris en janvier 2021 un voyage dans le Sud du Maroc. Nous avions besoin de nous reconnecter à nous, à nos énergies, à notre spiritualité. Et Leila souhaitait se convertir à l’islam au cours de ce voyage, après un long cheminement spirituel. L’intention du voyage était posée. Nous avons d’ailleurs au cours de ce voyage fait de magnifiques rencontres, empreintes de vérité, et vécu de nombreuses expériences spirituelles fortes. La loi de l’attraction… Posez votre intention et l’Univers vous enverra ce que vous souhaitez.

 

Dans un petit village perdu au milieu de nulle part dont je garde le nom précieusement, nous avons visité un agadir, un grenier fortifié, au sein duquel se trouve une petite mosquée, minuscule, intimiste, paisible. C’est dans cette mosquée que notre destin a été scellé à celui d’Allah. Sans que nous ne lui ayons rien demandé ou exprimé de nos souhaits, Brahim, le gardien des clés de l’agadir qui nous accompagnait, s’est positionné devant le mirhab (le lieu où l’imam dirige la prière) et a récité la profession de foi musulmane, la chahada, en demandant à Leila de répéter après lui. Certaines personnes n’ont pas besoin que les mots soient exprimés pour les entendre et ressentir les choses, je pense que Brahim fait partie de ceux-là. « Achḥadou an lâ illâḥa illa-llâḥ, wa-achḥadou anna Mouḥammadan rassoûlou-llâḥ », « J’atteste qu’il n’y a pas de divinité excepté Allah, et j’atteste que Mahomet est le Messager d’Allah ». Leila a répété ces mots, déjà appris par cœur et avec sincérité. Je les observais à quelques mètres, et sans réfléchir, en écoutant simplement mon cœur, je me suis avancée vers Brahim, et j’ai répété après lui, « Achḥadou an lâ illâḥa illa-llâḥ, wa-achḥadou anna Mouḥammadan rassoûlou-llâḥ ».

Maroc - Mosquée agadir Imchguiguiln

Ce jour-là, j’ai écouté ma vérité, je suis devenue musulmane, et pourtant, je n’arrivais pas à m’en convaincre. Les semaines, les mois qui ont suivi, je me rendais compte que je n’arrivais pas à me considérer comme musulmane. Et j’ai gardé ce moment et cette vérité pour moi. Le mental, les croyances limitantes, ont repris le dessus. Il y a autre chose aussi : la sensation de ne pas être légitime. Parce que je ne pratique pas, ou peu.

 

Cela a toujours été difficile pour moi de me voir imposer un cadre, des règles à suivre. Et ça l’est encore plus après 33 années à me fixer mes propres règles. J’ai besoin que les décisions viennent de moi, je ne peux pas appliquer une règle sans la comprendre et sans être en accord avec elle, sous prétexte que ma religion me l’impose. J’ai fait mon premier Ramadan l’année dernière : j’en ressentais l’envie, et j’ai adoré vivre cette expérience (j’ai eu la chance de la vivre au Maroc qui plus est). J’ai envie de la vivre à nouveau cette année, mais je n’ai pas envie de m’obliger à jeûner tout le Ramadan, je préfère me laisser le choix de vivre les choses parce que je ressens que c’est ce qu’il y a de bon pour moi à ce moment-là, me laisser le choix de toujours être en accord avec mes décisions. Peut-être que je jeûnerai les 30 jours cette année encore, peut-être pas, je ferai comme je le sens sur le moment.

Maroc - Ftour ramadan

Peut-être est-ce une pure vue de mon esprit, une autre croyance limitante, mais j’ai le sentiment que mon approche de la religion est contraire à celle de l’islam, que tant que je n’appliquerai pas toutes les règles de l’islam à la lettre, je ne pourrai pas me considérer comme musulmane. Il est communément admis qu’il y a des catholiques croyants et des catholiques croyants et pratiquants, mais cette différenciation est moins assumée en islam. Et de cela découle ma difficulté à me sentir réellement musulmane. J’ai la sensation d’être dans un entre-deux qui n’existe pas à proprement parler, comme si l’islam n’acceptait pas la nuance, le cheminement, l’apprentissage. Pourtant, je suis persuadée qu’Allah, lui, sait apprécier ce voyage spirituel que j’ai entamé. Et le Coran définit le musulman comme étant le croyant, porté par sa foi, point. J’ai juste du mal à me détacher du regard que les autres peuvent porter sur ce cheminement qui est le mien…

 

Pourtant je sais de par mes voyages et mes rencontres qu’il y a autant de façons de pratiquer l’islam qu’il y a de musulmans. Et nombre d’entre eux ne respectent pas toutes les règles non plus. La religion se mélange à la culture, aux traditions, aux codes de la société dans laquelle on vit. Et venant de France, étant féministe et attachée à ma liberté, vivant entourée de mixité, étant profondément convaincue que l’amour ne connaît pas de genre, ayant vécu 33 ans sans religion, je serai forcément une musulmane différente de plein de musulmans que j’ai pu rencontrer et qui vivent dans un autre environnement, une autre culture. En fait, je crois que je suis bloquée dans mon cheminement spirituel à cause du syndrome de l’imposteur.

 

Ce syndrome de l’imposteur, il vient aussi du fait que je ne connais pas tout de l’islam. Bien sûr, je lis, mais je ne ressens pas non plus l’envie de ne lire que sur ce sujet, et j’ai 1000 autres projets auxquels consacrer du temps, donc ma connaissance grandit doucement mais sûrement. Cela peut paraître étonnant d’avoir choisi de devenir musulmane sans en connaître tous les tenants et aboutissants. Mon côté rationnel en est le premier étonné ! Mais je dirais que c’est plutôt l’islam qui m’a choisie, que mon cœur a entendu cet appel, et que mon intellect doit maintenant rattraper son retard !

 

Cette période d’apprentissage est inconfortable pour moi, pour plusieurs raisons. La première, c’est que j’aime avoir le contrôle, la maîtrise des choses. Et qu’aujourd’hui, en matière d’islam, je ne l’ai pas (l’a-t-on vraiment un jour d’ailleurs ?). Je n’ai pas non plus la maîtrise du processus que je suis en train de vivre, ni de son issue : arriverais-je un jour à me considérer comme une vraie musulmane ? La deuxième raison, qui est fortement liée à la première, c’est que j’ai peur des attentes des autres, des critiques, qu’on me pousse ou qu’on ne respecte pas le fait que je fasse les choses à mon rythme, celui que je sens être le bon pour moi. Ce cheminement m’appartient, et j’ai peur que certaines personnes se l’approprient un peu trop, pas forcément avec une mauvaise intention, mais par fierté de faire partie de ce cheminement, d’avoir participé à faire de moi une musulmane.

 

Pourtant, sur ma route, j’ai rencontré de nombreux musulmans, et la plupart d’entre eux ont été plus que bienveillants à l’égard de ma quête spirituelle, se tenant à ma disposition pour répondre à mes interrogations, m’expliquer, m’accompagner, en respectant mon rythme et sans chercher à m’imposer le leur. J’ai ressenti une joie sincère chez beaucoup de gens de me voir me rapprocher d’Allah, à mon rythme. Beaucoup, me pensant non-musulmane, se sont d’ailleurs réjouis que je vive l’expérience de prier à la mosquée du Prophète à Médine et à la grande mosquée de la Mecque, des lieux pourtant interdits aux non-musulmans. Peut-être certains s’en sont offusqués, mais la plupart ont eu cette ouverture d’esprit, cette bienveillance à m’offrir en cadeau, comme un présent qui m’a guidée sur mon chemin. J’ai longtemps dit que l’amour était ma religion. Mais l’islam est amour, alors il n’y a rien de surprenant à tout ça.

 

Ah l’Arabie saoudite ! Ce pays m’a appelée, pendant plusieurs années, sans que je ne sache exactement pourquoi. La Mecque également m’a toujours fascinée, j’ai toujours rêvé d’être une petite souris pour aller voir ce qui s’y passait. J’ai enfin pu réaliser mon rêve de parcourir le pays en novembre dernier, et la chance de fouler le sol de la mosquée du Prophète à Médine alors que ce n’était pas prévu (la Mecque et la mosquée de Médine étant interdits aux non-musulmans, et ne me considérant pas comme musulmane, je n’avais pas prévu d’y aller…).

Arabie saoudite - Moi à la mosquée du Prophète à Médine
Arabie saoudite - Mosquée du Prophète à Médine

Le soleil se couchait quand je suis arrivée sur l’esplanade la mosquée de Médine. Le temps était suspendu, je retenais mon souffle. Moment magique. L’appel à la prière a résonné, et la voix pure du muezzin m’a transportée. J’ai été émue de voir tous ces musulmans du monde entier qui venaient prier ensemble, quelle que soit leur langue, leur couleur, leur culture, leurs traditions, leur tenue… Puis j’ai suivi les femmes, et je suis allée faire mes ablutions. Je me souviens m’être installée dans un petit coin sans personne car j’avais peur de mal faire donc je préférais qu’on ne me voie pas ! Encore ce fameux syndrome de l’imposteur… Puis je me suis laissée porter par le flow, et me suis installée sur un tapis. Et j’ai eu envie de prier… Je ne savais pas comment faire donc j’ai suivi le mouvement, en faisant comme elles. Entourée de toutes ces femmes qui priaient, j’ai pleuré. Les larmes coulaient pendant que je priais… C’était beau, c’était puissant. C’était ma toute première prière. Je ressens tellement de gratitude d’avoir vécu ce moment.

 

Et puis je suis rentrée en France, j’ai voyagé dans d’autres pays, et l’Arabie saoudite m’a appelée à nouveau. Pour plusieurs raisons, et notamment pour la Mecque. Je n’arrivais pas à m’enlever de la tête cette irrépressible envie d’aller à la Mecque, de faire Omra, le petit pèlerinage, de prier face à la Ka’aba, de m’émouvoir de l’Adhan (l’appel à la prière)… Alors je suis revenue. Lors de mon premier voyage en Arabie saoudite, j’ai rencontré Tahani, une Saoudienne habitant à Jeddah, à qui j’avais parlé de mon souhait d’aller un jour à la Mecque pour faire Omra, et qui m’avait proposé de m’y accompagner pour me guider. Alors je l’ai appelée et lui ai proposé de m’accompagner, et elle m’a fait le plus beau des cadeaux : elle a accepté.

Arabie saoudite - Pélerinage devant la Kaaba à La Mecque
Arabie saoudite - Moi devant la Kaaba à La Mecque

Aujourd’hui, 19 février 2022, j’ai roulé vers la Mecque. En apercevant la tour de l’horloge au loin, j’ai senti une immense vague de chaleur m’envahir, une joie immense, celle de réaliser un de mes rêves. Et pour la première fois de ma vie, en pénétrant dans cette ville, avant même d’entrer dans la mosquée, je me suis sentie musulmane. C’est une sensation inexplicable, mais je me le suis dit dans ma tête : « je suis musulmane », et c’était la première fois que j’arrivais à le verbaliser ainsi. En arrivant au cœur de la mosquée Al-Haram et en apercevant la Ka’aba, ma poitrine s’est serrée, j’étais tellement impressionnée. Et j’ai marché vers elle sans la quitter des yeux. Le moment qui m’a le plus émue a été l’Adhan (l’appel à la prière) pour Fajr (la première prière de la journée, avant le lever du soleil, ma préférée). Quand la voix du muezzin s’est mise à résonner dans toute la mosquée, je me suis sentie comme enveloppée, et sa voix pure a vibré dans tout mon corps, comme si elle faisait partie de moi. C’était tellement puissant ! Je n’ai pas pu retenir mes larmes…

 

Je ne vais pas romancer les choses en vous disant que la Mecque m’a transformée, car ce n’est pas vrai. En tout cas ce n’est pas ce que je ressens « à chaud ». Je suis toujours la même, avec mes questionnements et mes doutes, avec mon cœur qui bataille contre ma raison, avec mon syndrome de l’imposteur… Mais pour la première fois je me sens capable de parler de mon cheminement spirituel, pour la première fois j’ai envie de le partager. Pour la première fois, je me suis sentie musulmane. Et en cela, je sais que la Mecque a été une étape cruciale et inestimable sur mon chemin. Un long chemin m’attend encore, pour intégrer cette nouvelle définition de moi-même complètement, et décider de comment je vais l’incarner tout en respectant qui je suis profondément. Et je sais que je pourrai compter sur des êtres chers pour m’aider et m’accompagner.

 

Amour.

Paix.

Gratitude.

Partagez votre avis