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De l’Afrique, je ne connaissais que le Maroc. Et pourtant, ce continent m’appelle depuis toujours. Je me suis toujours sentie proche de sa culture, de ses valeurs, de sa chaleur.

Fin 2018, en pleine transition professionnelle (changement d’entreprise après 10 ans passés à la SNCF, changement de métier avec une reconversion dans le tourisme, changement de vie assez radical pour moi), j’ai eu envie de voyager en solo, pour marquer ce cap, et sûrement pour me retrouver un peu en pleine période de chamboulement. Et naturellement, c’est l’Afrique noire, et plus particulièrement le Sénégal, qui m’est apparue comme la bonne destination pour le faire.

Je ne vous cache pas qu’avant le départ, je ressentais un mélange d’excitation et d’appréhension. Excitation car je savais que c’était là que je devais être à ce moment de ma vie. Appréhension car je n’avais jamais voyagé aussi longtemps seule, et autant dans l’inconnu (la dernière fois c’était 10 jours en Corse).  Ce voyage était donc initiatique à plusieurs niveaux.

Et puis pas mal de gens m’avaient dit : « tu es sûre que c’est une bonne idée de partir là-bas en tant que femme seule ? Tu vas voir, c’est pire que le Maroc niveau harcèlement de rue… » Alors je tiens à rassurer toutes les exploratrices solo : je ne me suis pas faite harceler une seule fois au Sénégal ! Les gens sont hyper respectueux, et même si je me suis faite draguer 5 ou 6 fois, ça n’était jamais lourd, et quand je disais stop ça n’était jamais insistant.

Allez, venez, je vous fais visiter un de mes pays préférés ! 😉

Le vol de 5h Paris-Dakar me semble un peu long : ma voisine de gauche se prend un peu pour un colon et en plus elle ne sent pas très bon de la bouche (et évidemment elle dort la bouche ouverte) ! Heureusement, ma voisine de droite, Ndeye, une Française d’origine Sénégalaise, est très sympa et nous faisons causette. Elle est la 2e femme d’un Dakarois, rentre donc régulièrement au bled, et est en train de développer une affaire de traiteur avec sa mère à Dakar dans l’optique de venir s’y installer avec son fils. Nous discutons coutumes locales et entreprenariat eu féminin.  Elle propose gentiment que son mari, qui vient la chercher à l’aéroport, me dépose à mon auberge : super sympa !

Nous récupérons nos bagages à l’arrivée et les déposons dans la voiture. Il est 21h et il fait 28 degrés. Elle doit aller embrasser son père qui prend un avion pour Paris et qui est lui aussi à l’aéroport. J’en profite pour aller changer de l’argent et acheter une carte SIM locale. Je me fais la réflexion qu’ils pourraient très bien se barrer avec tous mes bagages, mais j’ai envie de leur faire confiance. 15 minutes plus tard ils sont bien de retour (je me dis qu’on est quand même cons d’apprendre à nos enfants de toujours se méfier de tout le monde…). Sur la route, je ne vois pas grand chose (il fait nuit), mais je sens les odeurs, et l’architecture des villages me fait penser à celle du Maroc ! Arrivée à l’auberge, je m’écroule sur mon lit : je suis exténuée ! Ndeye m’a invitée à diner dans sa famille demain : aucun doute, je suis bien au pays de la Téranga (hospitalité) !

Dakar et île de Ngor

JOUR #1 : 09/12/2018

Réveil à 10h30 : j’avais vraiment besoin de sommeil !! Je fais la rencontre de mon tout premier cafard dans ma salle de bain : pourtant la chambre est bien propre ! Je descends prendre mon petit déjeuner sur la terrasse, surplombée d’un magnifique bougainvillier rose. Et là c’est le drame : je ne sais pas si le mec qui me sert le petit dej est celui qui m’a accueillie hier soir. Je goûte à la confiture maison : courge et gingembre. Une tuerie !

Puis je sors pour aller visiter le Phare des Mamelles et le Monument de la Renaissance Africaine, chacun sur une des 2 collines jumelles, appelées les mamelles (je vous laisse deviner pourquoi). La visite du phare est super intéressante grâce à Lamine, le gardien, qui m’explique tout et me trouve les meilleurs spots photo ! Et la vue sur toute la presqu’île de Dakar est top ! Dakar est envahie par des milliers de papillons, ça ajoute un peu de féerie à cette ville pleine d’agitation.

Puis j’ai goûté le plat emblématique du Sénégal : le thiéboudiène, à base de poisson. Et je suis partie à la découverte du village de Ngor, tout au Nord de la presqu’île de Dakar. J’y ai fait la rencontre de Moussa qui m’a fait découvrir son village puis l’île de Ngor après avoir traversé en pirogue. C’était super chouette d’avoir ses explications tout l’après-midi ! Bon, je me suis faite arnaquer comme une débutante au moment de lui filer un petit billet, mais ça ne serait pas le Sénégal sinon… J’en prends plein les yeux et le nez avec les couleurs des pirogues, les odeurs des poissons… Moussa m’explique la solidarité des villageois réunis en coopérative pour parer aux coups durs que peuvent vivre certains, les enfants qui ont interdiction de mendier et obligation d’aller à l’école, les femmes qui choisissent les couleurs de la pirogue de leur mari (et l’homme qui choisit son nom), les coutumes familiales… Puis retour chez moi, et dîner dans le restaurant de France Gall à 4 mètres des vagues (le diner en famille est reporté à dans 2 jours). Une belle première journée !

Dakar et îles de la Madeleine

JOUR #2 : 10/12/2018

Réveil plus matinal qu’hier : j’ai Dakar à découvrir ! Le cafard est venu mourir dans ma douche… Direction Dakar Centre, que je n’ai pas encore vu. Le centre est un peu plus bétonné que les faubourgs : ce qui est surprenant à Dakar, c’est qu’il y a les rues, les maisons, et partout ailleurs c’est de la terre battue. On a du mal à croire qu’on est dans une capitale ! J’en profite pour retirer de l’argent, mais le distributeur est HS. Je rentre dans la banque et en informe le guichetier. Sa réponse : « ça doit être un problème de connexion, vous pouvez attendre devant ». Euh… Attendre ? Pas de doute, on est en Afrique ! Je fais une balade sur la corniche : sympa mais sans plus, et pas adapté pour les piétons (en gros je marche sur les bas-côtés de la route).

Je décide d’aller visiter les îles de la Madeleine : 2 beaux îlots volcaniques sculptés par les éléments où nichent de nombreux oiseaux ! Mais le coût du voyage en pirogue est élevé, et aucun autre visiteur à l’horizon pour partager. Je laisse mon numéro au responsable et il m’indique un petit resto pour patienter. Je déguste un bon poulet yassa face à la mer : le cadre est top ! Je me laisse même emporter par une petite sieste.

14h30, toujours pas d’appel, je décide d’aller découvrir le village artisanal. Nous devons être 3 touristes au milieu de toutes ces cahutes, donc autant dire que nous sommes très sollicités ! Je négocie sévère un beau masque diola auprès du seul vendeur pas relou, et je déguerpis aussi sec !

Direction le marché aux poissons : les pêcheurs, de retour de leur journée en mer, tirent leurs pirogues colorées sur la plage (jonchée de déchets) à l’aide de rouleaux. Interdiction de les prendre en photo au risque de se faire traiter comme du poisson pourri (c’est le cas de le dire) donc je me fais discrète. Les femmes attendent en haut de la plage pour trier et nettoyer les poissons. Je vous laisse imaginer l’odeur qui y règne.

Il est 16h, je prends un taxi pour rentrer, quand le téléphone sonne : il y a enfin des gens qui veulent aller sur les îles de la Madeleine ! Demi-tour ! C’est parti en pirogue avec 2 jeunes Françaises en service civique et 2 sœurs sénégalaises avec leurs enfants (dont un venu pour préparer un exposé, mais plus intéressé par nous apprendre des gros mots en wolof !). Sur l’île, les baobabs sont devenus des perchoirs à cormorans, et ont été complètement blanchis par les fientes de ces derniers ! Petit tour de l’île à pieds, accompagnés par notre guide. Le plus ancien des baobabs était déjà là lors de la découverte de l’île en 1450 !

De retour sur la terre ferme, je prends un taxi pour rentrer à mon auberge récupérer ma valise : dans 1h30 j’ai mon bateau pour l’île de Gorée. Mais 1h30 c’est très short quand on connait les embouteillages de Dakar ! Personne n’est stressé : on n’entend aucun klaxon, c’est presque étonnant ! Les chauffeurs de taxi ont des voitures tellement pourries que la radio capte rarement : qu’à cela ne tienne, ils adorent écouter la radio qui grésille (et moi j’avoue ça me rend dingue !!). Arrivée à l’auberge, je récupère ma valise et je remonte dans un taxi. Le chauffeur est prévenu : ce soir c’est Fast and Furious !! Il attache sa ceinture et là je comprends que ça va rouler ! A chaque accélération j’ai peur que des morceaux de sa voiture se désolidarisent.  Mais j’arrive à l’heure pour le ferry, direction l’île de Gorée où Oumar m’attend sur le port.

Île de Gorée

JOUR #3 : 11/12/2018

Petit déjeuner dans le patio de ma chambre d’hôtes toute mignonne. Le gardien me prépare une crêpe au miel et un jus de bissap maison et local (moins sucré que ceux qu’on boit d’habitude). On discute un peu : il a grandi en Gambie mais sa mère est sénégalaise donc il s’est installé ici il y a 3 ans. Il est fan de foot donc je lui offre un polo et une sacoche de l’EURO 2016 que j’avais récupérés au boulot, il est trop content ! Je boucle ma valise et pars à la découverte de l’île de Gorée, que je n’ai pour l’instant découverte que de nuit.

Elle est fidèle à mes premières impressions : bourrée de charme ! Ses petites maisons colorées, ses ruelles pavées de galets ou sableuses, ses baobabs sur chaque placette, et ses embruns… Ici on prend le temps de vivre, on se laisse bercer par la brise, le temps n’est pas le même qu’à Dakar. Je me perds dans les ruelles et mon Canon se régale ! Premier arrêt au marché artisanal : « bon prix pour le 1er client, ça porte chance ! » J’achète 2 bracelets. Puis j’emprunte le chemin qui mène au Castel, bordé de peintures réalisées par les artistes goréens (et certaines sont vraiment canons !!).

Deuxième arrêt : je repère l’atelier de Sokhna (prononcer Sorna), créatrice de mode, qui est en train de reprendre un pantalon. Ses robes en wax me font de l’œil… Elle prend mes dimensions et en 15 minutes top chrono me fait une jupe sur-mesure, trop belle ! J’arrive enfin jusqu’au sommet, occupé en majorité par des rastas qui exposent leurs créations. Au rythme de Bob Marley, je découvre les restes des forts construits tour à tour par les Hollandais et les Français, le mémorial de Gorée (dont la 1ère pierre fut posée par Bill Clinton), et la vue sur Dakar et l’océan.

Au gré de mes déambulations je découvre l’île et toutes ses ruelles, le port, la place du gouverneur (je m’aventure dans l’ancien palais du gouverneur, complètement abandonné), le fort d’Estrées transformé en musée… J’échoue dans un petit restaurant, quasiment les pieds dans l’eau, pour déjeuner : calamars à l’ail et bananes plantain.

Je pars visiter la maison des esclaves, construite autour de 1780, qui fut l’une des nombreuses esclaveries de l’île. Les esclaves y auraient été parqués au rez-de-chaussée humide, et les maitres habitaient à l’étage. J’emploie le conditionnel car il y a controverse sur l’utilisation de cette maison et même sur le fait que des esclaves aient transité à Gorée. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un lieu de mémoire de la plus grosse déportation d’êtres humains qui ait existé, et forcément ça remue un peu.

Je finis ma journée à bouquiner sur la plage en sirotant un jus de baobab. On m’interpelle : « le jus de baobab c’est bon quand on a la diarrhée, quand c’est mou des fesses ! » (avec l’accent). Merci pour la précision… Puis Moussa vient s’incruster à ma table pour taper la discute pendant une dizaine de minutes. Une heure plus tard, quand j’embarque sur le bateau pour Dakar, il vient me trouver à bord pour m’offrir un bracelet. Une idylle est née !

De retour dans les embouteillages de Dakar, il me faut 1h30 pour faire 13km et arriver enfin à Rufisque où je passe la nuit pour arriver à l’heure à l’aéroport demain : je m’envole pour la Casamance (la partie Sud du Sénégal, de l’autre côté de la Gambie) !

Casamance : Agnak et Ziguinchor

JOUR #4 : 12/12/2018

La journée a commencé à 5h du matin avec un chauffeur de taxi bien lourdingue qui m’a emmenée à l’aéroport et qui voulait absolument mon numéro de téléphone. En pleine nuit, au milieu de rues désertes, j’ai acheté la paix en notant son numéro et en promettant de lui envoyer un message dès que j’aurai du réseau… Ensuite, à l’aéroport, mon bagage cabine a été refusé car voyez-vous le masque diola que j’ai acheté à Dakar est composé de morceaux de bronze cloutés dans le bois, et les clous ça ne passe pas en cabine, mais ça on n’y pense pas !! Ça m’a valu de visiter le sous-sol de l’aéroport de Dakar pour retrouver ma valise de soute et y déposer le masque ! Bref, la journée commençait mal…

Mais ça c’était avant d’avoir vu la Casamance du ciel ! Quel spectacle ! À l’arrivée à Ziguinchor, Modou m’attendait. Il va m’accompagner pendant les 6 prochains jours, car j’ai fait appel à l’agence de voyage responsable et solidaire « Casamance au présent » pour me faire visiter cette région hors des sentiers battus, à la rencontre des Casamançais qui pour beaucoup vivent dans des petits villages reculés, au milieu des bolongs qui partent du fleuve Casamance et serpentent dans les terres.

Modou porte bien son prénom : il est posé et calme, je me sens tout de suite hyper sereine. Après un petit dej dans mon hôtel, nous partons pour Agnak, un petit village à 25 km de Ziguinchor. Dépaysement total : après Dakar, je fais le plein de nature luxuriante ! Nous arrivons au village et dans la maison de Kady et de sa famille (sa sœur, ses enfants, ses petits enfants…). Une vingtaine de personnes vit dans cette maison !

Nous partons aussitôt au marché du village qui se tient tous les jours et sur lequel les villageois vendent leurs petites récoltes / leur pêche du jour. Nous achetons de quoi cuisiner du poisson yassa. Je suis mise à contribution pour éplucher et couper les légumes. L’occasion de discuter avec Diatou, une des filles, qui m’avoue regretter d’avoir arrêté l’école à 12 ans et qui aimerait recommencer mais a peur des moqueries des enfants. Elle s’étonne évidemment que je ne sois pas mariée à 30 ans et se sent investie d’une mission : me marier à son frère, mécanicien à Ziguinchor. Elle m’avoue qu’elle, elle « adoooore les Blancs » et ça me fait beaucoup rire !

Pendant que le poisson cuit, Diatou reste là à l’observer. Je me fais la réflexion que chez moi je serais en train de faire 3 choses en même temps. Ici on prend le temps, on fait une chose à la fois mais on la fait bien, on s’assoit ensemble et on discute ou on partage un long silence, on regarde les enfants jouer et on partage des moments simples.

Après 3 heures de préparation et de cuisson, le déjeuner est servi : délicieux ! 3 groupes se forment autour des 3 grands plats. Normalement, c’est un plat pour les hommes, un plat pour les femmes et un autre pour les enfants. Mais les places ne sont pas vraiment respectées. Modou me dit quoi faire et m’apprend des mots en wolof pour communiquer plus facilement et respecter leurs coutumes.

Après le repas, le thé. Modou le prépare pendant de longues minutes. Il est très concentré et fort, il se boit comme un expresso ! Nous discutons à l’ombre du manguier : on parle religion. Il m’explique qu’au Sénégal, et en particulier en Casamance, les religions vivent en paix les unes avec les autres. Au sein d’une même famille, les enfants peuvent être de religions différentes car chacun est libre de choisir sa religion. A l’aid, les musulmans offrent un plat à leurs voisins chrétiens. Et l’inverse se vérifie à Pâques. Certains devraient en prendre de la graine… Après la digestion, nous faisons un grand tour du village, puis des rizières, du petit port de pêche et le long du fleuve. Sérénité absolue…

Au retour à Ziguinchor, il fait nuit et Modou me fait visiter la ville. Beaucoup d’éclairages ne fonctionnent pas : Modou me fait remarquer que les seuls qui fonctionnent sont ceux devant les ministères et les banques. Pour le peuple, c’est nuit noire… Bientôt les gilets jaunes au Sénégal ? On croise un ami à lui dans la rue, main dans la main avec une Française d’une cinquantaine d’années. Il lâche sa main quand il nous aperçoit, le doute n’est plus permis. L’occasion de discuter tourisme sexuel, très présent au Sénégal…

On dîne dans le jardin de l’Alliance franco-sénégalaise, puis il m’invite dans la maison de sa famille. On regarde 10′ d’un Bollywood avec ses sœurs et comme je suis claquée il me dépose à l’hôtel. Départ demain 9h pour 3 jours de périple sur les bolongs !

Casamance : Edioungou, Elinkine et Niomoune

JOUR #5 : 13/12/2018

Modou passe me récupérer à l’hôtel, nous partons dans un vieux taxi vers Elinkine. Sur la route, le moindre nid de poule ouvre la boîte à gants et déclenche le clignotant ! Nous faisons un stop dans le village d’Edioungou à ma demande car le Routard mentionnait une potière sympa. Je plaisante avec Modou : « allez viens, je vais te faire découvrir la Casamance ! » La potière nous explique ses techniques traditionnelles, héritées de mère en fille. Elle va recueillir l’argile gris au fond des bolongs (les bras serpentés du fleuve Casamance), le dessale à l’eau de pluie pendant l’été, le mélange avec des coquillages pilés pour plus de robustesse, puis le façonne avec ses « outils modernes » (un bout de plastique, un morceau de terre cuite et une ficelle). Puis l’objet est coloré avec de l’argile rouge, est cuit sous terre pendant de longues heures, et verni grâce à un fruit des rizières écrasé.

Nous reprenons la route vers Elinkine, où nous embarquons sur une pirogue direction Niomoune. 2h de pirogue au milieu de la mangrove, sur des bolongs au calme plat et sur le fleuve un peu plus agité ! On croise plein d’oiseaux, de poissons, mais le fleuve est trop agité pour voir des dauphins. Peut-être aurons-nous plus de chance les prochains jours !

Modou a prévu le coup : il a apporté une bouteille de vin pour l’apéro ! Un vin rosé chaud et bien costaud, dans une bouteille en plastique ! Et si on tombe à l’eau, c’est pas Modou et ses 3 leçons de natation qui vont nous sauver ! Au fil de la conversation (et des gorgées qui piquent), Modou m’explique que j’ai la morphologie des femmes diola : des hanches, des fesses et des cuisses ! Et aussi le « i » et le « o », le « i » étant le nez droit et le « o » les joues !  J’ai droit à un cours de self-estime et à l’interdiction absolue de faire un jour de la chirurgie esthétique !

Nous arrivons enfin à Niomoune, une île reculée donc, sans touristes. Découverte du campement : ma case, la case des douches (les bidons d’eau chauffent au soleil pour la douche de ce soir), la case des toilettes sèches. Entre les cases : des rizières, mais déjà récoltées. Le déjeuner nous attend : des vermicelles, des petits légumes, des petites crevettes aux épices. Trop bon ! La sieste dans le hamac est vraiment méritée…

Après un petit thé pour nous réveiller, nous partons en balade sur l’île qui regroupe 4 villages. Dans l’un d’entre eux, un ancien est décédé. La nouvelle est parvenue sur toute l’île grâce au « tamtam de communication », un gros tronc creusé sur lequel on frappe avec des rythmes différents selon la nouvelle à annoncer. Le bruit est puissant et toute l’île est ainsi au courant. Quand un ancien décède, on fait la fête, et quand c’est un jeune qui meurt, on pleure.

Les hommes du village sont réunis sous le fromager centenaire et boivent du vin de palme qu’on nous propose de goûter : pas mauvais ! Sur la grande place du village, les femmes sont elles aussi réunies, trient le riz et discutent. Nous quittons le 1er village et rejoignons le 2nd grâce à un chemin de coquillages au milieu des rizières. Hommes et femmes ramassent le riz : dur labeur…

De retour au campement après 1h30 de marche, nous profitons d’un magnifique coucher de soleil. J’utilise la douche du campement : dehors, un saut d’eau, avec une vue magnifique sur le coucher de soleil derrière les palmiers ! Un de mes moments préférés du voyage ! Le chef du campement nous installe à table avec d’autres Français arrivés dans la journée, dont 3 qui font le tour du monde en voilier ! Le chef a préparé un Saint-Pierre cuit parfaitement au feu de bois, avec du yassa. On se régale ! La soirée se termine sur le ponton au-dessus des bolongs à regarder les étoiles, puis sous le manguier à écouter le chef nous raconter l’Histoire du village en buvant du vin de palme. Encore une belle journée.

Casamance : Cachouane et Egueye

JOUR #6 : 14/12/2018

Ce matin, petite douche froide au saut du lit histoire de se réveiller, et petit déjeuner tous ensemble en plein air. Yacinthe, le chef du campement, a fait du pain maison pour le petit déjeuner : avec la confiture de mangue, on se régale ! Vers 9h, Benjamin le piroguier nous attend, départ pour Cachouane, un autre petit paradis sur terre.

Nous accostons sur le petit ponton, puis visitons le campement et ses bâtisses traditionnelles (les cases à impluvium, avec les pièces disposées autour d’un puits de récupération d’eau de pluie). Nous faisons un tour dans le village : la reine n’est pas là, mais le directeur de l’école nous accueille et prend une dizaine de minutes pour nous expliquer comment se passe l’éducation au Sénégal, et dans cette région particulièrement. Quand nous entrons dans la classe de CM1, tous les élèves se lèvent pour dire en chœur « bonjour madaaaaaame » ! Le gouvernement fournit quelques manuels, mais pas les fournitures, dont ils manquent cruellement (ce qui les oblige parfois à commencer l’école en octobre ou novembre). Les élèves ont classe de 8h à 13h (avec une récréation de 11h à 11h30), et de 15h à 17h deux soirs dans la semaine (ou plus si l’instituteur estime que certains élèves ont besoin de renforcement). Les instits sont des grandes villes et viennent passer la semaine sur les îles pour donner cours, et ils rentrent le weekend chez eux.

Nous déjeunons au campement, on ne se lasse pas du poisson fraîchement pêché et grillé ! Nous entendons des tamtams : les jeunes du village ont organisé une démonstration de lutte (un des sports nationaux au Sénégal !). Ils commencent par des danses traditionnelles, puis quelques combats. Modou connait toujours quelqu’un qui est son oncle, son cousin, sa tante ou la femme de son cousin ! Tout le monde est en famille ici ! Nous profitons d’un moment de farniente au bord de l’eau, à l’ombre des palmiers, avant de reprendre une pirogue pour Egueye.

Sur la « route », nous repassons devant le port d’Elinkine et c’est l’heure du retour des pêcheurs. Un attroupement se crée autour d’eux : il faut marchander son poisson ! Nous accostons à Egueye : l’île est en hauteur et nous offre un magnifique panorama sur le bolong et la mangrove. Sur cette île, pas de rizières, mais on cultive le bissap rouge et vert, et les arachides. Petit martini face au bolong, le coucher de soleil est masqué par les nuages, mais le spectacle est tout de même magnifique. Le dîner est délicieux, et pour la 1ère fois depuis mon arrivée en Casamance, je mange de la viande !

Casamance : Diembering, Boucotte et Cap Skirring

JOUR #7 : 15/12/2018

Ce matin le petit dej est au top, en hauteur avec vue sur le bolong. Nous avons droit à du pain grillé au feu de bois et des confitures maison : pamplemousse, bissap et pommes d’acajou. Nous prenons la pirogue pour quelques minutes, puis attendons sur la place du village que notre chauffeur du jour vienne nous récupérer. J’ai un peu l’impression de participer à « Rendez-vous en terre inconnue », à attendre pendant 6h sur un rocher avec Frédéric Lopez ! La voiture arrive, et sur la route nous embarquons aussi une Espagnole. Le chauffeur a une 206 grise, aussi pourrie que les taxis de d’habitude, mais avec un autoradio qui lit les clés USB ! Nous avons droit à de la musique remixée par le meilleur DJ sénégalais, version années 90 !

Nous faisons un stop à Diembering pour admirer le plus vieux fromager du village, sur la grande place. Il est impressionnant ! Puis nous nous dirigeons vers Boucotte pour visiter un musée sur la culture Diola en plein air, au milieu de la forêt et des fromagers centenaires. En chemin, nous suivons un 4×4 et il s’ensable devant nous. Les 4 mecs commencent à creuser et faire patiner les roues, s’ensablant encore plus. Je sors de la 206 et l’expérience du Trophée Roses des Sables s’avère utile ! Je leur dis d’aller chercher cailloux et bouts de bois, je leur montre comment creuser sous les roues et caler ça dessous pour recréer de l’adhérence. On pousse, et hop, désensablés ! C’est la Toubab qui les a dépannés, le comble ! Modou n’est pas peu fier de m’accompagner !

Arrivés au musée, Amadou nous présente les objets traditionnels et nous explique leur utilité. C’est hyper intéressant ! J’apprends la signification des couleurs des costumes de lutte, comment est fabriquée la guitare diola, à quoi sert chaque ustensile de cuisine, comment font les hommes diola pour monter dans les palmiers récolter la sève (pour faire du vin de palme) ou les régimes (pour faire de l’huile de palme). Je teste la ceinture pour grimper pieds nus, et c’est super difficile (et ça fait super mal à mes petits pieds de blanche !).

Amadou m’explique aussi comment fonctionnent les fétiches (les esprits) qui habitent dans les kadioutes (les trous formés par les racines des fromagers). Il existe 3 fétiches principaux : le fétiche des femmes (pour les questions de fertilité), le fétiche des hommes (pour le passage à l’âge adulte) et le fétiche des souhaits (à qui on peut demander de les réaliser). Il en existe aussi plein d’autres. Le féticheur sert d’intermédiaire, de traducteur entre les villageois et le fétiche. Si le problème se résout ou que le souhait est exaucé, le villageois doit payer une dot au fétiche (allant du poulet au boeuf suivant ses moyens). L’animal est sacrifié et mangé par tout le village, ses os sont accrochés dans la kadioute. Si la dot n’est pas payée, le fétiche se venge sur les proches du villageois, puis sur lui. Le féticheur peut être un homme ou une femme.

Les kadioutes servaient aussi à cacher femmes et enfants pendant les guerres tribales (une tribu prévient toujours son adversaire à l’aide d’une corne de buffle quelques minutes avant d’attaquer pour que femmes et enfants puissent s’abriter). Le musée est super intéressant et le cadre est splendide !

Nous reprenons la route pour Cap Skirring où nous déjeunons des gambas grillées face à la mer, avec une petite bière locale, la Flag. Puis c’est après-midi sur la plage : bronzette, sauts dans les vagues (lourde responsabilité : apprendre à quelqu’un qui ne sait pas nager à bien prendre les vagues pour ne pas se noyer !), foot puis volley sur le sable, lecture… On repart en fin de journée, pleins de sel et de sable, vers Ziguinchor. Une fois arrivés nous faisons un stop au marché pour trouver un petit sac à main classe, car ce soir, c’est saturday night fever !! L’occasion de sortir ma jupe en wax !

La soirée débute chez Loco, le meilleur ami de Modou, et sa femme Marine (qui a créé l’association et l’agence de voyages Casamance au Présent). C’est l’anniversaire de Loco, donc c’est repas sur la terrasse et gâteau d’anniversaire, avec une bonne musique pour s’ambiancer ! Vers minuit, on décolle pour une soirée khawaré, c’est à dire une sorte de boîte de nuit populaire et en plein air. Les gens sont assis sur de grandes tablées, boivent de la bière, et dansent sur les rythmes africains. Il paraît que je « danse bien pour une Française ». Faut dire qu’ils ont le rythme dans la peau, ce n’est pas facile de les suivre ! On rigole bien, y’a une super ambiance, et vers 2h retour à l’hôtel car le réveil va piquer demain…

Casamance : pêche dans les bolongs, île aux oiseaux, Djilapao et Ziguinchor

JOUR #8 : 16/12/2018

Réveil un peu difficile ce matin : la nuit a été courte… Après un bon petit dej, direction le petit port de Ziguinchor où m’attend Albert. Aujourd’hui je passe la journée avec lui : on va pêcher dans les bolongs ! Le fleuve Casamance nous réserve une bonne surprise : 2 dauphins sont venus chasser leur casse-croûte et nous les observons quelques minutes, c’est vraiment chouette ! Puis nous faisons un petit arrêt pour acheter les crevettes qui nous serviront d’appât. Un pêcheur tient à me montrer comment il pêche le crabe ! Les crabes se carapatent et il leur court après, c’est assez comique !

Nous repartons avec notre barque à moteur qui va vite (ça change des pirogues !), et nous passons devant l’île aux oiseaux. Nous pouvons observer pélicans, flamands roses, aigrettes, hérons, cigognes… Quand ils s’envolent au-dessus de l’eau nous les suivons à leur vitesse et avons l’impression de voler avec eux, c’est vraiment magique !

Nous nous installons le long de la mangrove, accrochons la barque, sortons les appâts et les lignes (de simples fils de pêche avec un hameçon et un plomb au bout, pas de cannes). Et c’est parti ! À peine le 1er appât dans l’eau, Albert ferre un gros poisson coloré ! Puis les prises s’enchaînent pour nous 2 : carpes, crabes, et même une raie !! Sauvés : nous allons pouvoir déjeuner ce midi ! Nous changeons de coin et nous enfonçons un peu plus dans les bolongs : et là, ça mord sans arrêt !

Nous accostons à Djilapao avec un seau plein de poissons ! Alexis nous accueille avec sa fille Sandra : elle a 4-5 ans et n’arrive pas à prononcer mon prénom donc elle m’appelle « Toubab » toute la journée. Elle ne me lâche pas d’une semelle et veut absolument toucher à toutes mes affaires : mes lunettes, mon téléphone, mon appareil photo, mon livre… D’ailleurs mon marque-page lui plaît beaucoup donc je lui offre en partant.

Pendant qu’Albert écaille et vide les poissons, je découpe et pile les oignons. Nous passons à table tous les 4, autour d’un grand plat de riz, poisson et sauce aux oignons. Simple et délicieux ! Et j’avoue qu’on se sent reconnecté à sa propre nature d’être humain quand on « chasse pour manger ». Ça apporte une certaine satisfaction. Rassasiés, je suggère une petite sieste et m’installe à l’ombre du grand arbre, face à l’eau. Le sommeil m’emporte pendant 1 heure environ.

Puis Alexis me fait visiter la maison à étage (très rare dans la région, car les maisons sont construites simplement avec de l’argile et du bois) dont il a hérité de son oncle artiste sculpteur. Ce dernier a sculpté l’argile des murs de sa maison, et avait l’esprit un peu mal tourné ! Alexis est mort de rire en me contant les différents tableaux, et sa trogne vaut le détour !

Albert me propose de goûter les huîtres sauvages de Casamance grillées au feu de bois (recette traditionnelle). Il va couper un bout de mangrove et me grille ça : les huîtres sont encore petites car ce n’est pas la saison. Elles sont encore gorgées d’eau salée, et le petit goût de fumé les rend délicieuses ! Puis Albert me fait faire un rapide tour de l’île, main dans la main avec Sandra qui ne me lâche pas. Puis nous repartons direction Ziguinchor.

Je paye une bière à Albert pour le remercier, sur la terrasse de l’hôtel Perroquet face au fleuve, avec les couleurs du coucher de soleil et les pêcheurs qui s’affairent sur les pirogues, c’est très chouette. Puis je rentre à l’hôtel me changer, et je retrouve Loko et Marine chez eux : ils m’ont invitée à manger du cochon grillé (oui, nous sommes en pays majoritairement musulman, mais en Casamance il y a plus de chrétiens et d’animistes qu’ailleurs, et certains musulmans ont pris quelques largesses avec la religion). Le cochon est accompagné d’oignons pimentés (tellement pimentés que ma bouche est anesthésiée !!) et de vin blanc sénégalais.

Vers 22h, direction le stade : Modou entraîne l’équipe de Yamatone (un quartier de Ziguinchor) et ce soir c’est la demi-finale interzonale. Ils affrontent un autre quartier de Ziguinchor et la tension est à son comble. Marine m’explique que les Sénégalais ne payent jamais pour un événement, sauf pour aller au stade. Et pas n’importe quel match : les matches de quartiers réunissent le plus de monde (le stade est vide pour les matches de ligue 1 alors que c’est le même tarif !), fédèrent les gens, garantissent une ambiance de folie !

Nous nous installons dans les gradins à côté de la chorale (une troupe de jeunes supportrices qui chantent, dansent, tapent sur des bambous pour mettre l’ambiance). Les joueurs sur le terrain font plein de « trucs mystiques » pour se porter chance, c’est assez drôle à voir ! Le match commence à peine et un joueur remplaçant de l’équipe adverse se met à traverser le terrain en courant pour aller déposer dans le but adverse un gri-gri (un petit bout de peau de bête avec des inscriptions à l’intérieur, en général pour porter malheur). Les joueurs de Yamatone se mettent à lui courir après et c’est la baston générale sur le terrain ! C’est un sketch ! Modou sur le banc de touche est dégoûté ! Le goal adverse est blessé dans la bataille, et ne peut pas jouer. L’entraîneur adverse ne veut pas poursuivre le match, les organisateurs arrivent sur le terrain et palabrent pendant une demi-heure. Il est 23h30, ça a joué 5 minutes ! Les organisateurs décident finalement de mettre fin au match, l’équipe adverse écope d’un rapport et le résultat sera rendu par la commission dans les prochains jours. Du coup nous récupérons Modou et finissons la soirée chez Marine et Loko en mode posés.

Casamance : marché et cours de cuisine à Ziguinchor

JOUR #9 : 17/12/2018

Aujourd’hui, c’est cours de cuisine ! J’ai demandé à Astou de m’apprendre à cuisiner le poulet mafé ! Modou me dépose au marché où je la retrouve : elle nous sermonne car on à 15 minutes de retard (bah quoi, je me suis mise à l’heure sénégalaise moi !!). Bon, malgré son petit caractère, je réussis à l’amadouer à coup de sourires et de questions. Nous achetons tout ce qu’il faut pour le mafé, et Astou en profite pour faire aussi ses courses à elle. Nous traversons le marché en long, en large et en travers car Astou a ses petites habitudes chez certains commerçants et ils ne sont pas tous à côté ! Tout le monde la connaît sur le marché et lui fait des blagues, du coup elle se marre tout le temps ! Le sac commence à bien s’alourdir, et nous prenons un taxi pour rentrer.

Arrivées chez elle, elle me fait visiter sa maison. Je m’étonne qu’elle soit aussi propre et rangée, avec une déco à la française des années 60. Elle me confirme que tout le monde l’appelle « la Toubab » car elle aime les choses bien propres et bien en ordre ! Elle m’explique que tous les jours elle prépare des petits chaussons fourrés à la viande, des gâteaux et des jus de fruits, que les travailleurs viennent acheter chez elle avant d’aller bosser, pour leur petit déjeuner ou leur pause du midi. Elle me fait goûter à tout, et je regrette d’avoir pris un bon petit dej ce matin…

Puis nous attaquons le mafé : on fait mariner le poulet, on épluche les légumes, on pile les oignons et l’ail, on fait dorer le poulet, on dilue la pâte d’arachide… Les odeurs qui commencent à s’échapper de la marmite sont de bon augure ! Modou refait son apparition au moment de passer à table : il sera juge de la qualité de mon travail. Nous déjeunons sur la petite terrasse, à l’ombre de l’oranger. Verdict : le mafé est délicieux !! J’ai noté avec précaution la recette pour pouvoir la refaire en France. Vous pouvez la retrouver en cliquant ici.

Quelqu’un frappe à la porte : c’est Fatima, une amie d’Astou. Elle est voyante et lit dans les coquillages. Elle propose de faire l’exercice avec moi. D’habitude je fuis ce genre de choses, je préfère ne rien savoir et me laisser porter par ce que la vie me réserve, mais je suis curieuse de la voir faire et j’accepte en prenant ça comme une « expérience locale » ! Fatima jette les coquillages sur un morceau de tissus rouge, mange du cola (une espèce de racine), et interprète la position des coquillages. Elle devine plein d’éléments de ma vie, au sujet de mes proches, ce qui est très perturbant !! Heureusement, elle m’annonce plutôt des bonnes nouvelles et me dit que la chance m’accompagne. Par contre elle voit un homme dans mes rêves mais seulement dans mes rêves !

Elle m’explique les sacrifices que je vais devoir faire pour éloigner les mauvais esprits, garantir la santé de mes proches… A chaque problème un sacrifice ! En gros, il s’agit d’ingrédients à réunir dans un sachet (en fonction du problème ou du souhait), à mélanger en invoquant le nom de la personne concernée 4 fois et en exprimant son souhait. Puis il faut allumer des bougies, les laisser se consumer seules, et offrir le sacrifice à quelqu’un (suivant le sacrifice : une femme noire, un vieil homme aux cheveux blancs, etc.). Je repars donc avec une liste de courses et d’incantations à faire !

Modou m’emmène visiter l’Alliance franco-sénégalaise et ses décorations africaines : le bâtiment est magnifique ! Puis nous faisons un rapide tour du marché artisanal où j’achète 2 belles statuettes de femmes en bois. Il faut rentrer à l’hôtel, boucler la valise, et aller à l’aéroport de Ziguinchor pour prendre l’avion pour Dakar. Les au revoir avec Modou sont tristes : après 6 jours passés ensemble et tous ces moments partagés, je pars le cœur lourd. Quitter la Casamance me rend aussi très triste : j’ai adoré cette région, où on vit hors du temps, au rythme des pirogues sur les bolongs, où on se dit bonjour et où on se demande comment ça va quand on se croise, même si on ne se connaît pas, où les gens sont tous prévenants et malicieux, accueillants et travailleurs. J’ai fait tellement de belles rencontres en si peu de temps ! Au revoir Casamance…

Arrivée à Dakar, c’est l’agitation qui reprend, il faut récupérer la voiture de location, rouler de nuit, éviter les nids de poule, les gens qui traversent et les charrettes qu’on voit au dernier moment, prendre son mal en patience dans les embouteillages, et essayer de ne pas finir dans le fossé car tout le monde roule en feux de route ! Après 1h30 de route, celle-ci se transforme en piste : je suis en train de contourner le Lac Rose, j’arrive bientôt dans mon gîte-écurie, où je vais passer 2 jours avec les chevaux, entre la mer et le Lac Rose. De nuit, je ne vois pas grand chose (même si je devine le lac au loin) et je suis accueillie par Véronique, qui a créé ce lieu. J’ai hâte de voir les paysages demain matin !

Lac Rose, plage et port de Kayar à cheval

JOUR #10 : 18/12/2018

Au réveil, j’ouvre la porte de ma cabane et je découvre la brume sur le Lac Rose qui s’éveille. Il y a déjà des ramasseurs de sel au travail sur l’autre rive. Le soleil se lève et je prends mon déjeuner au milieu des bananiers. C’est ce qui s’appelle un kiff ! J’ai rendez-vous à l’écurie à 9h avec Moussa, le chef d’écurie, qui m’accompagnera aujourd’hui. Il me présente mon cheval, Barck, un petit cheval sénégalais avec un peu de sang arabe. Cela fait plus d’un an que je n’ai pas monté à cheval, mais aucun doute : je me sens toujours aussi heureuse assise sur une selle !

Nous quittons l’écurie, et longeons le Lac Rose. On ira demain sur l’autre rive observer les ramasseurs de sel. Nous prenons la direction du Nord et traversons plein de petites parcelles cultivées par les villageois peuls (une ethnie sénégalaise) du coin. Ils profitent de la relative fraîcheur pour travailler la terre et arroser leurs cultures. Barck est un peu peureux et s’affole au moindre mouvement inhabituel des villageois : ça promet ! Puis nous traversons des grands espaces arides, désertiques, où quelques bergers tentent malgré tout de faire brouter leurs troupeaux. Nous faisons une petite pause à l’ombre des immenses baobabs. Les paysages changent à nouveau et deviennent sablonneux : nous nous approchons de la mer !

Après avoir traversé une pinède, le voici enfin ! L’océan atlantique dans toute sa splendeur ! Les chevaux trépignent, ils n’attendent qu’une chose : galoper sur la plage ! Moussa me regarde et me dit « on y va ? » Barck a très bien compris et n’attend pas que j’ai remis mes étriers pour partir au grand galop direct ! C’est un vrai bonheur de galoper sur la plage, la vitesse est grisante et on a l’impression de voler. C’est toujours un immense kiff de retrouver ces sensations !

Nous avançons jusqu’au plus grand port artisanal d’Afrique, celui de Kayar, où plus de 7000 pirogues partent en mer et reviennent chargées de poissons, parfois de plusieurs tonnes : quand on voit à peine la pirogue sur l’eau, c’est que la pêche a été bonne ! Au total, ce sont plus de 56 000 tonnes de poissons qui transitent par ce port pendant les 7 mois de « grande pêche ». Les chevaux ont du mal à rester en place avec toute cette agitation, mais j’arrive malgré tout à prendre quelques photos et vidéos. J’imagine surtout l’angoisse que ce doit être de naviguer en pirogue sur cet océan agité !

Puis nous revenons sur nos pas jusqu’à une petite pinède tranquille où nous nous posons pour pique-niquer. Hermann et Paté nous rejoignent avec le déjeuner et une natte pour s’installer. Le cadre est vraiment chouette ! Après le repas, les garçons préparent le thé à la sénégalaise. La préparation très méthodique prend du temps. Hermann, le roi des punchlines : « ici on tue le temps, chez vous c’est le temps qui vous tue ». À méditer…

Le 1er verre de thé est pour moi : au Sénégal on sert le thé dans un seul verre, et chaque personne boit son thé après l’autre. Hermann conclut : « on partage tout sauf nos femmes ! » Et au sujet des verres de thé qui sont préparés les uns après les autres, un dicton sénégalais dit : « le 1er est amer comme la mort, le 2ème est doux comme la vie, le 3ème est sucré comme l’amour. »

Après cette pause enchanteresse, nous repartons et redescendons par la plage jusqu’à l’écurie. Il est 17h et j’ai les jambes, que dis-je, le corps en compote !! Je prends une bonne douche (à mon tour après les chevaux !) et m’installe dans le fauteuil de ma terrasse pour bouquiner avec vue sur le Lac Rose. Me mouvoir devient de plus en plus difficile, je marche comme une mamie de 107 ans et dois prendre des précautions avant de m’asseoir sur une chaise tellement mes fesses me font mal !! Pour une fois, je n’ai pas hâte d’être à demain !

Lac Rose à cheval et Saint Louis

JOUR #11 : 19/12/2018

Ce matin au réveil, j’ai un peu mal partout mais je m’attendais à pire encore ! Après un bon petit déjeuner surplombant la bananeraie (j’adore le pain chaud qu’ils servent tous les matins au Gîte du Lac), je retrouve Moussa et mon cheval Barck à l’écurie. Aujourd’hui je fais une balade d’une demi-journée seulement, car ensuite je prends la route pour Saint-Louis. Après avoir fait l’intérieur des terres et la plage hier, nous faisons le tour du Lac Rose ce matin !

De la rive Nord (où se trouve le Gîte), j’aperçois tous les matins les ramasseurs et les montagnes de sel sur la rive Sud, donc j’ai hâte de voir ça de plus près ! Le Lac Rose n’est en fait pas souvent rose ! C’est une algue microscopique qui sécrète des pigments roses uniquement lorsque le taux de sel est très élevé, que le vent souffle et que la lumière est intense. Autrement dit, les conditions ne sont pas souvent réunies, même si le Lac Rose détient le record du taux de concentration en sel (encore plus que la Mer Morte !). Malgré tout, à certains endroits sur la rive, les reflets roses se font entrapercevoir.

Nous longeons donc la rive Sud au milieu des montagnes de sel. Les ramasseurs s’enduisent le corps de beurre de karité pour empêcher le sel d’attaquer leur peau (enfin au moins pour atténuer l’effet corrosif). Ils s’enfoncent dans l’eau jusqu’au buste et, à l’aide d’une pointe de fer, cassent la croute de sel au fond du lac et la stockent dans leur bateau. Ils peuvent ramasser ainsi jusqu’à 2-3 tonnes de sel chacun par jour ! Un travail de forçat… Les femmes, elles, récupèrent les paniers de sel une fois les bateaux pleins, et les vident en créant des tas sur la berge, le temps que le sel sèche. Puis elles le mettent en sacs. Nous assistons au spectacle, bien contents d’être à cheval et pas à leur place.

Plutôt que de longer la rive Nord du lac pour rentrer, Moussa propose qu’on rentre par la plage (le Gîte se trouve sur la petite bande de terre entre le lac et l’océan), pour un (ou deux ou trois) dernier galop au bord de l’eau.  J’ai les genoux qui me font de plus en plus mal : je me fais la promesse de monter plus souvent à cheval, car je souffre quand je monte si occasionnellement !

De retour au Gîte, petite douche, petit poisson yassa, et c’est parti pour plus de 4 heures de route jusque Saint-Louis ! La route commence par 10 km de pistes, par endroits bien ensablées ! Je retrouve les sensations du rallye, et j’en oublie parfois que je conduis une berline, avec moins de hauteur et d’amortisseurs que le 4×4, et surtout sans les 4 roues motrices ! Je me fais un peu peur 2-3 fois (pas envie de me désensabler solo) mais je gère. Des fois il y a des bouts de route, puis la route s’arrête net et c’est à nouveau de la piste : cherchez la logique ! Puis c’est la route, la vraie, et c’est encore une autre histoire ! Je suis bien contente d’avoir été surclassée sur une automatique pour ne pas avoir à passer les vitesses à chaque dos d’âne ou traversée d’animal / de Sénégalais ! Je retrouve la conduite à la marocaine, et j’aime bien ce côté « on ne se prend pas la tête, on conduit en toute intelligence, si ça passe à 3 alors que c’est une 2 voies, on se sert un peu et ça permet de doubler ! »

Peu avant 15h, tous les écoliers sont en route pour l’école. Certains font des kilomètres à pieds… Je m’arrête pour proposer à des fillettes de les déposer plus loin. En 15 secondes, je me retrouve avec 7 gamines à l’intérieur de l’habitacle : 2 devant et 5 à l’arrière ! Un peu plus loin, c’est Pape Diop que je prends en stop. Il conduit des camions Total et il est bien content que quelqu’un le ramène chez lui après le boulot. On fait 50 km ensemble à papoter (sa sœur habite Paris 10e comme moi, drôle de coïncidence !), et je le dépose devant chez lui. Je suis invitée à manger mais je décline : j’ai encore de la route et j’aimerais arriver avant la nuit à Saint-Louis. En chemin je me fais la réflexion que le Sénégal me réconcilie avec la nature humaine. Les gens sont tellement polis, prévenants et attentionnés, souriants, généreux… Ils s’intéressent aux autres, s’entraident, se parlent. Je voyage solo mais je ne suis jamais seule bien longtemps !

J’arrive à Saint-Louis à 18h30 : l’après-midi a été longue, je suis fatiguée… J’arrive à Sunu Keur, ma chambre d’hôtes super charmante, et je m’y sens tout de suite bien (mon avis sera peut-être différent demain à 5h du mat’, car la mosquée est juste à côté) ! Je dépose mes bagages et ressort aussitôt pour prendre le pouls de la ville (et quelques photos) avant qu’il fasse nuit noire. Les enfants sont curieux et veulent tous voir les photos que je prends ! La ville a l’air vraiment pleine de charme, j’ai hâte de la voir en plein jour demain ! Je vais dîner dans un petit resto sans prétention, mais où le calamar au lait de coco émoustille mon palais…

Saint Louis et parc de la langue de Barbarie

JOUR #12 : 20/12/2018

Ce matin je découvre ma charmante chambre d’hôtes de jour : ses couleurs bleues et ocres mettent instantanément de bonne humeur ! Je prends le petit déjeuner face au patio et prends la direction du syndicat d’initiative où j’ai rendez-vous à 9h avec Abdoulaye, un guide officiel, pour une visite guidée à pieds de la ville. Au programme : 10 km de balade sur le Nord de l’île (le quartier historiquement musulman), puis sur la partie de la langue de Barbarie (bande de terre fine entre le fleuve Sénégal et l’océan Atlantique) où habitent les pêcheurs, et enfin sur la partie Sud de l’île (la partie historiquement chrétienne).

La ville de Saint Louis a beaucoup de charme, avec tous ses crépits décrépits ! Les 1ers à avoir habité sur l’île de Saint-Louis sont les Normands ! Ils y ont fait construire le fort (le 1er bâtiment) en 1659. Puis la petite ville devient le point de départ des expéditions coloniales vers l’intérieur du continent, et une plaque tournante pour la gomme arabique et les esclaves. La vie culturelle et économique était dominée par les signares (ces filles aristocrates métisses afro-européennes), comme à Gorée.

Saint-Louis est à son apogée à la fin du XIXe siècle, et elle devient la capitale du Sénégal, titre qu’elle perd en 1902 au profit de Dakar. C’est une ville dont le passé colonial transpire de tous les bâtiments (bâtisses à balcon colorées), de son plan d’urbanisme (quadrillage des rues), de ses rues goudronnées (pour la plupart)… De très belles bâtisses ont été rachetées, restaurées et transformées en chambres d’hôtes. Mais la grande majorité tombent en ruines, pas aidées par le sel de la mer qui attaque les murs… Beaucoup se sont d’ailleurs écroulées, en partie ou en totalité. Arrivés à la pointe Nord de l’île, on voit bien la Mauritanie au loin, qui n’est pas si loin que ça (seulement 10 km) ! Les Berbères, à l’époque, venaient également se « servir » en esclaves à Saint-Louis.

Puis nous passons sur la langue de Barbarie (qui doit son nom aux figuiers de Barbarie ou aux Berbères qui attaquaient par là, au choix selon les sources). C’est le quartier des pêcheurs, et c’est donc par nature un quartier très pauvre. En fait, je n’avais jamais vu autant de pauvreté depuis mon arrivée au Sénégal. 20 000 personnes vivent ici sur 0,3 km². C’est une densité de population énorme, surtout quand on sait que les maisons comptent rarement des étages. Les maisons ne sont d’ailleurs que des dortoirs, et tout se passe dans la rue : le linge y sèche, les bêtes y sont attachées ou s’y baladent librement, les enfants y jouent… Les plus gros problèmes sociaux se concentrent ici : déscolarisation (vu le nombre d’enfants dans les rues un jour de classe, c’est indéniable), mariages précoces, taux de fécondité battant des records… Combo gagnant.

Je n’avais jamais été confrontée à tant de pauvreté et j’ai un peu le sentiment d’être en train de faire du voyeurisme, moi touriste au train de vie aisé, observant ces gens vivant dans la misère. Le long de la côte atlantique, toute la 1ère rangée de maisons est détruite : à cause du réchauffement climatique, le niveau de la mer a beaucoup augmenté et grignote petit à petit la langue de Barbarie. Les gens se sont fait surprendre par une tempête et ont dû être relogés plus loin.

Puis nous arrivons sur la criée (qui elle aussi s’est effondrée et a été déplacée) : les pêcheurs de nuit reviennent de mer et déchargent leur poisson. Il y a un monde fou ! Le gros des prises, survolé d’une nuée de mouches, est chargé dans des camions frigorifiques, tandis que les femmes et les enfants se précipitent pour récupérer le reste des poissons, qu’ils font cuire au court-bouillon. La plage a été transformée en chantier naval / ateliers de réparation de filets / enclos pour les bêtes ; et elle est jonchée de détritus en tout genre, accompagnés des odeurs bien sûr !

Puis nous repassons sur l’île, et visitons le Sud, où on trouve certaines maisons dites portugaises (sans étage, carrées et colorées). La visite se termine, et je m’octroie une petite pause bien méritée dans une crêperie (la crêpe Saint-Louisienne était très bonne, ainsi que la crêpe banane-choco-arachides). Puis je prends la voiture direction le parc national de la Langue de Barbarie, à une vingtaine de kilomètres.

Harona m’accompagne pour 1h30 de visite en pirogue. Nous apercevons aigrettes, hérons cendrés, pélicans gris et blancs, sternes caspiennes et royales, et balbuzars (c’est une espèce de rapace en voie de disparition en France mais on en compte 200 sur le parc). Nous croisons même un héron dans une position étonnante : il fait sécher ses ailes au soleil ! Les oiseaux font escale dans le parc pour nidifier, tout comme les tortues pour pondre. Certains pêcheurs ont été relogés ici suite à la destruction de leur maison, et se sont reconvertis dans le ramassage de coquillages au fond du fleuve. Nous les apercevons à l’œuvre les pieds dans l’eau. Même s’il s’agit d’un parc naturel, il y a pas mal de déchets : pas facile de faire changer les mentalités, m’explique Harona… Nous accostons sur la pointe de la langue de Barbarie pour faire trempette, avant de repartir. La journée s’achève paisiblement dans le patio puis sur la terrasse de mon auberge, avec vue sur le coucher de soleil, et enfin devant une assiette de crevettes sautées à l’ail.

Parc du Djoudj

JOUR #13 : 21/12/2018

Ce matin, réveil très matinal : la mosquée juste à côté a décidé de lancer un appel à la prière à 5h, puis de 6h à 6h45 non stop… Ça ne tombe pas trop mal : je dois libérer ma chambre avant de partir à 8h pour le parc national du Djoudj (le 3e parc ornithologique du monde avec 16 000 hectares et 367 espèces). L’hiver est évidemment la meilleure période pour le visiter car les oiseaux migrent d’Europe pour s’y reproduire.

Nous partons en 4×4 avec un guide, une Portugaise et 2 Néerlandais (j’avais la flemme de conduire alors que j’ai déjà 4-5h de route qui m’attendent cet après-midi…). Et j’ai bien fait car en plus notre guide Moussa est top ! Il est passionné par les oiseaux, a une vue surdéveloppée qui nous permet de voir plein de choses qu’on n’aurait pas vues par nous-mêmes, et il s’extasie devant le moindre oiseau !

Nous conduisons sur la piste pendant une bonne heure, et traversons des villages peuls (les bergers) et des villages maures (Berbères en provenance de Mauritanie, qui continuent à vivre selon leurs traditions, dans des tentes). Il y a un mariage maure dans un village, et des dizaines de femmes s’y rendent à pieds, toutes bien habillées. Nous en prenons plusieurs au passage pour les déposer plus loin.

Sur la piste, Moussa aperçoit 2 chacals qui sont de sortie pour chasser ! On s’arrête pour les observer quelques minutes, et nous sommes très chanceux car quelques mètres plus loin ce sont à nouveau 2 chacals que nous apercevons ! Ils scrutent les flamands roses, avec l’intention d’en becter un… Un peu plus loin, ce sont des canards sauvages qui siègent par millions sur un banc de sable. Leur vol groupé est impressionnant : une nuée noire tournoie dans le ciel ! Puis nous garons le 4×4 et partons en pirogue.

Nous assistons à un ballet de natation synchronisée réalisé par un groupe de pélicans : ils plongent ensemble la tête dans l’eau pour pêcher, c’est très drôle à voir ! Pendant la balade en pirogue, nous observons des dizaines et des dizaines d’oiseaux différents, c’est incroyable ! Le parc est magnifique : un écrin de nature préservé, des couleurs qui se marient parfaitement, la douce musique des cris d’oiseaux… De jolis nénuphars blancs et mauves poussent un peu partout, ce qui ajoute un peu plus de féerie encore ! Le piroguier en cueille un et me fabrique un collier avec : la classe ! Un autre Sénégalais avec nous dans la pirogue fait tourner un paquet de fruits secs à grignoter : on n’est pas bien la ?

Nous voyons beaucoup de pélicans arriver en V (le leader devant, les autres en V derrière) : certains arrivent d’Europe, d’autres sont juste partis pêcher en Mauritanie le matin. Le pélican est un animal grégaire : il est toujours en groupe, mais il exclue systématiquement les individus malades. Donc si vous voyez un pélican seul (bon je vous l’accorde, ça n’arrive pas souvent chez nous !), c’est certainement qu’il est mal en point !

Nous arrivons à l’îlot de reproduction des pélicans : ils sont là, par centaines, à stagner sur cette bande de terre, des centaines d’œufs sont éparpillés sur le sol en attendant d’éclore, et les petits sont regroupés au centre. Le mâle part pêcher tandis que la femelle garde les œufs/les petits, et quand il revient c’est elle qui part pêcher pendant que le mâle surveille la progéniture. Un couple moderne quoi ! Quand on voit la taille de l’animal, on a du mal à l’imaginer voler, et pourtant, il en fait des milliers de kilomètres… !

Au retour sur la terre ferme, nous observons un varan du Nil, pépère… Et même un phacochère en train de barboter !! Puis nous reprenons le 4×4 pour faire la route en sens inverse. Sur la piste, on découvre un balbuzar mort, sûrement tapé par une voiture. On lui retire sa puce pour avertir les autorités compétentes : il venait de Stockholm ! Tout ce chemin pour finir comme ça, c’est trop triste…

De retour à Saint-Louis après une bonne dose de poussière (vive les pistes quand on est à l’arrière du pick-up), je « grignote » un petit mafé, récupère ma voiture, et direction Toubab Dialao, à 250 km, soit 4h30 de route. En chemin, on ne change pas les bonnes habitudes : je m’arrête pour embarquer un petit monsieur édenté (je le vois car il est vraiment très content d’avoir trouvé quelqu’un pour l’emmener donc il n’arrête pas de sourire !). Il ne parle pas un mot de français, mais alors vraiment pas un mot !! Il me parle en wolof, je lui dis gentiment que je ne comprends pas mais évidemment il ne comprend pas que je ne comprends pas, donc il continue, pensant sûrement que nous sommes en train d’avoir une conversation ! Au bout de 5 minutes il se lasse de n’avoir que des sourires en guise de réponse (j’avoue que je suis un peu désemparée et que je ne sais pas quoi dire ou faire d’autre) et arrête de me parler. On fait une cinquantaine de kilomètres comme ça, et vers le milieu du trajet il sort une sorte de chapelet de sa poche et se met à réciter des prières à voix basse. Je me dis « merde, pourtant je conduis tranquille là ! » mais pas sûre que ça ait quelque chose à voir avec ma conduite ! C’est une scène assez incongrue et cocasse en vérité : moi en train de conduire au Sénégal, avec un vieux édenté à côté de moi, qui fait ses prières alors qu’on écoute du Britney Spears (oui j’avoue, j’ai du Britney Spears dans ma playlist, c’est mon guilty pleasure) ! Je ris intérieurement ! Il me remercie 15 fois quand je le dépose, et je continue ma route.

Je galère à trouver l’hôtel, mais une jeune fille monte pour me guider : trop sympa ! C’est un lieu très hippie que je découvre de nuit. On m’apporte un saut d’eau chaude pour la douche qui fait du bien après cette longue journée ! Puis je sirote un jus de bouye (= le pain de singe, le fruit du baobab) face à l’océan, et déguste une bonne soupe de poissons maison ! Et au lit !

Réserve de Bandia et Joal Fadiouth

JOUR #14 : 22/12/2018

Levée avant le soleil pour être à la réserve de Bandia à l’ouverture. Aujourd’hui, c’est safari ! Et les animaux sortent plus le matin tôt ou en fin de journée. Les couleurs sur la piste sont magnifiques. À l’entrée j’aperçois 4 Français qui bossent à Dakar et qui profitent de leur weekend. Je leur propose de partager un 4×4 et un guide, et nous voilà partis pour 3h de safari. La réserve fait 3500 hectares, et a ouvert il y a 20 ans. Les animaux y vivent bien sûr à l’état sauvage, mais sans gros prédateurs (juste des chacals), donc ils sont plutôt tranquilles.

Le 1er animal que nous observons est un phacochère, du coup j’ai la musique du Roi Lion dans la tête toute la matinée !! Nous avons la chance de voir plusieurs girafes, y compris des girafons, différentes espèces d’antilopes, un troupeau de buffles venus se désaltérer à un point d’eau, des zèbres, des écureuils, des oiseaux aux splendides couleurs, des varans, des crocodiles, des singes… Le chauffeur slalome entre les acacias (il faut se pencher pour ne pas se faire crever un œil car les épines sont énormes !) et les baobabs à la recherche des animaux. On est comme des enfants !

Plusieurs fois sur notre parcours nous croisons des traces de rhinocéros, mais ne parvenons pas à les voir. Seulement 2 individus vivent dans la réserve, alors pas facile de les trouver ! Vers la fin du parcours, notre guide reçoit un appel d’un autre guide : ils les ont trouvés ! Nous nous dirigeons donc vers la zone indiquée et les trouvons allongés pépère ! Il s’agit d’un couple mais qui ne s’est jamais reproduit depuis 20 ans, a priori la femelle aurait constamment des migraines…   Elle l’a friendzoné, le pauvre attend depuis 20 ans… !

Observer les animaux de la savane évoluer en liberté, c’est vraiment majestueux. Je m’en donne évidemment à cœur-joie avec mon appareil photo ! De retour à l’entrée de la réserve je me pose dans le restaurant tout en bois pour prendre mon petit déjeuner, bien mérité ! Les singes s’invitent à table et essaient de me piquer mon petit dej ! S’en suit une partie de cache-cache avec un petit singe malicieux assis sur la chaise d’en face (qui croit que parce qu’il se cache sous la table je vais baisser la garde) : il remporte la partie et réussit à embarquer mon sachet de sucre !

Je prends la route pour Joal Fadiouth, une petite ville qui marque la frontière entre la Petite Côte et le Sine Saloum. Je dépose un Sénégalais qui a été militaire à Châteauroux (dans le Berry où j’ai grandi) en 1978 : le monde est petit ! L’île de Fadiouth est reliée à la ville de Joal par un pont en bois semi-piéton de 500 mètres. La particularité de cette île est qu’elle est constituée uniquement de coquillages, qui crissent sous nos pieds quand on marche, qui composent le béton des maisons, et qui recouvrent les tombes du cimetière. Les 1ers habitants de notre ère avaient créé des digues de coquillages tout autour pour maintenir l’île « à flots ». Mon guide, Barthélemy, sent un peu fort le vin de palme, mais il fait le job.

On fait le tour de l’île, qui est composée à 90% de chrétiens et 10% de musulmans (l’inverse du Sénégal). L’église a la forme d’une grande case et réunit beaucoup de monde le dimanche matin (la chorale gospel œuvre à ce moment-là). Après que Bart m’ait emmenée dans 2 magasins de ses potes, je le prends entre 4 yeux pour lui dire que ça ne va pas le faire car je suis venue ici pour visiter et pas faire du shopping. Il s’excuse, il n’a pas envie que je le jette aux crocodiles par-dessus le pont au retour ! On continue donc la visite tranquillement en passant devant les maisons à palabres (où se réunissent les villageois pour prendre les décisions importantes ou juste discuter) puis en prenant un autre petit pont qui conduit à l’île-cimetière, mixte (chrétiens-musulmans). Bart m’explique que les fêtes religieuses, qu’elles soient chrétiennes ou musulmanes, sont fêtées ensemble, par des danses traditionnelles sur la place du village. Les mariages mixtes sont aussi autorisés, et les enfants choisissent alors leur religion en grandissant.

À la fin de la visite, sous une chaleur écrasante (en plus, le blanc des coquillages réverbère le soleil), je me pose dans un café au bord de l’eau pour siroter un jus de bouye (le fruit du baobab), et bouquiner un peu. Moment de quiétude avant de reprendre la route ! Je croise de plus en plus de gens avec des bonnets de Père Noël, voire le déguisement complet. C’est assez marrant car vu le cadre j’ai du mal à réaliser que c’est bientôt Noël ! Je rentre de nuit, et la piste de nuit ce n’est pas une mince affaire !! Mais j’arrive enfin et déguste un petit chèvre chaud local aux arachides (une tuerie) et des gambas aux bananes plantain. J’ai un mal de tête, sûrement dû à la fatigue et au soleil, donc je décide d’aller me coucher tôt car demain le réveil va encore être bien matinal…

Delta du Sine Saloum en ULM

JOUR #15 : 23/12/2018

Une fois de plus, réveil aux aurores après une nuit chaotique (des concerts ont duré toute la nuit dans mon hôtel, donc j’ai fait une nuit en plusieurs parties…). Ce matin, j’ai rdv à 1h de route d’ici, à l’aérodrome de Saly. La cuisinière est déjà arrivée et accepte gentiment de me préparer un petit déjeuner avant l’heure du service pour que je ne parte pas l’estomac vide. Mais vu les vents qui soufflaient ce matin, j’aurais peut-être mieux fait de ne rien manger ! Je fais les 10 km de pistes habituels pour rejoindre la route (je commence à la connaître celle-là !), et je prends au passage une femme qui portait sur sa tête un énorme sac de paille. Les seuls mots qu’elle connait en français c’est « fatiguée » et « merci ».

Arrivée à l’aérodrome, je retrouve Christophe, mon pilote d’ULM, en train de mettre du gasoil dans l’engin (paraît que ça vole mieux avec) ! Je m’installe à bord, j’enfile mes RayBan Aviator (what else ?) et mon casque, et c’est parti pour le décollage ! Il fait un peu frisquet donc nous grimpons en altitude pour bénéficier de l’harmattan, ce vent chaud venu du Sahel. La température grimpe de 24 à 29-30 degrés en 10 secondes ! Christophe m’explique qu’il ne peut pas me dire à l’avance ce qu’on va voir exactement, car il fait des parcours différents à chaque fois. 10 ans maintenant qu’il a tout quitté en France pour s’installer ici et vivre de ses passions : voler et jouer de la musique. Il pensait s’en lasser au bout de 2 ans et avait planifié de partir ensuite au Costa Rica, puis en Afrique du Sud. Mais il n’est jamais parti. On discute pas mal changement de vie, expatriation… un peu politique aussi.

On commence par survoler la ville de Saly, qui est une grande ville, et je visualise très bien ce qui m’avait surprise en arrivant au Sénégal : il y a quelques routes, qui relient les grandes villes entre elles, mais pas de rues goudronnées : toutes les rues sont des pistes ! C’est assez surprenant car au début on se dit que le GPS s’est encore planté, que l’hôtel qu’on avait réservé avait l’air assez central en ville et ne peut pas être perdu comme ça ! Mais si, en fait toutes les rues, même dans les grandes villes, sont en terre battue ! En tout cas, la ville vue du ciel est assez graphique et géométrique, c’est très joli.

Il y a pas mal de maisons pas finies : Christophe m’explique que beaucoup de gens n’ont pas accès aux prêts bancaires et construisent petit à petit, quand ils ont des rentrées d’argent. Je m’étonne aussi de voir des terrains clôturés sans rien dedans : Christophe m’explique que comme il n’existe pas toujours de cadastre, clôturer son terrain au moment de l’achat permet de visualiser sa parcelle et que sa propriété ne soit pas remise en cause par d’autres. Nous survolons des champs de melons, puis on arrive assez vite en brousse. Les villages peuls et sérères se succèdent. Au bruit du moteur, les chèvres ont peur et courent dans tous les sens, tandis que les gamins nous font coucou !

Puis nous arrivons au dessus du delta du Sine-Saloum. En fait, il s’agit d’une région classée au Patrimoine Mondial de l’UNESCO qui regroupe le delta de 2 fleuves : le Sine et le Saloum. En 1952, une sécheresse extrême a asséché définitivement de nombreux fleuves et rivières du Sénégal, dont ceux-là. Du coup, c’est la mer qui, au gré des marées, remplit et désemplit l’ancien delta du fleuve. L’eau se répand dans les nombreux bras (bolongs), et crée un écosystème d’une incroyable richesse, mais aussi d’une incroyable beauté ! Les villageois creusent des puits pour récupérer le sel, puits qui se colorent au fil des jours.

Nous alternons vol en hauteur et vol au ras de l’eau : j’ai l’impression que je peux toucher l’eau en sortant le bras dehors, c’est magique ! Nous nous amusons à voler au-dessus des pirogues pour saluer leurs passagers. Et aussi à faire ronfler le moteur à côté des oiseaux et flamands roses pour les faire s’envoler ! Nous survolons aussi l’île de Fadiouth que j’ai visitée hier, avec la petite île cimetière voisine, puis les séchoirs à poissons et le port de Joal, avec toutes ses pirogues. L’eau est parfois d’un bleu profond, parfois verte, ou turquoise… C’est un défilé de couleurs qui se déroule sous nos yeux : splendide !

Le vent souffle beaucoup donc l’ULM n’arrête pas de « sauter » au gré des trous d’air. Après 2 heures de vol mon estomac commence à faire la tronche, et Christophe remarque que je suis moins bavarde ! Il avoue que c’est un peu sportif comme baptême d’ULM, et moi je lui dis que le plus important c’est que je ne le baptise pas lui !

Voir la Terre du ciel est une expérience irréelle, elle offre des points de vue uniques ! À l’atterrissage (maîtrisé), je me pose quelques minutes histoire de reprendre mes esprits, tandis que Christophe se renvole aussitôt avec un de ses élèves. Je rentre à Toubab Dialaw et en chemin je croise un panneau « accro baobab » (l’accrobranche local) ! Dans les embouteillages j’ai le temps de lire les messages inscrits en gros sur le capot des camions (chacun personnalise son camion) : le classique « Alhamdoullilah », mais aussi « J’aime mes parents » ou « Merci Maman » que j’ai trouvés très drôles ! Arrivée à Toubab Dialaw, je déjeune face à la mer un poisson yassa, et me fait une bonne sieste bien méritée ! Même sur la plage, certains portent des bonnets en laine !

Vers 17h, j’ai un cours de poterie artisanale : je crée une petite boîte en argile, que mon professeur m’emballe dans une boîte en carton faite sur-mesure pour que je puisse la faire sécher chez moi ! Pendant l’atelier je discute avec Ibrahima, venu m’observer à l’ouvrage, qui rêve de faire le marathon de Paris ! Puis petite douche et direction l’aéroport.

Sur la route, la tristesse me gagne et j’ai les larmes aux yeux tout le trajet : pas envie de quitter ce pays auquel je me suis beaucoup attachée et qui m’a tant donné… Même si je suis contente de retrouver mon chez-moi, je laisse un peu de mon cœur ici… Merci Sénégal pour tout ce que tu m’as offert, pour tes beaux paysages, pour ton hospitalité, pour tous ces bonjours et tous ces sourires, pour ces bons petits plats concoctés avec amour, pour tous ces magnifiques couchers de soleil, pour cette douceur de vivre, au gré des pirogues et des silences imposés par la nature, pour ce soleil qui dore la peau et cette brise qui la caresse, pour toutes ces belles rencontres que tu as mises sur ma route… Merci, tu vas me manquer.  Ayewoulé !

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